Bibliothécaire-documentaliste ès sciences naturelles

Bibliothécaire-documentaliste ès sciences naturelles

La bibliothèque et les bibliothécaires selon Gilson

Gustave Gilson (1859-1944) a été le directeur du Musée royal d'Histoire naturelle de Belgique de 1909 à 1925. Dans son ouvrage intitulé "Le Musée d'Histoire Naturelle Moderne : sa mission, son organisation, ses droits", il expose son point de vue sur la bibliothèque et les bibliothécaires du Muséum en 1914.

 

Extraits :

 

"La bibliothèque

 

C'est le plus indispensable des instruments de travail du Musée.

Tout ouvrage concernant l'étude de la Nature devrait y être représenté. C'est là une utopie, mais cela veut dire qu'un Musée nouveau doit consacrer une part importante de ses crédits de fondation à l'achat d'une bibliothèque et réserver une partie de son budget annuel pour la compléter, non seulement par l'achat des livres nouveaux et l'abonnement aux périodiques, mais pour le complément progressif du fond de publications anciennes, qui dépend des occasions.

Le classement de la bibliothèque mérite sérieuse considération. Ce n'est pas ici le lieu de traiter de cette difficile question. Notons seulement qu'un classement décimal ou non, jugé bon pour une bibliothèque publique générale, n'est pas celui qui convient à un Institut de recherche. Les nécessités du travail courant du Musée doivent guider dans le choix de la place à donner à certains ouvrages qui peuvent se classer différemment suivant les divers sujets qui y sont traités et, dans la solution de multiples difficultés que rencontrent ceux qui s'efforcent de donner à une bibliothèque particulière l'organisation procurant à ceux qui s'en servent le maximum de facilités.

La Bibliothèque doit être desservie par un personnel spécialisé, rattaché à la Direction, et posséder une salle de lecture, vaste, bien éclairée et confortable, divisée en compratiments où chacun puisse travailler dans le silence et abandonner en toute sécurité ses livres et ses notes pendant les moments d'interruption. On arrivera ainsi à réduire à un minimum la sortie des ouvrages et à éviter leur séjour prolongé dans les laboratoires et les cabinets d'étude." (p. 142-144)

 

 

"Les bibliothécaires

 

Nous avons dit que le Musée d'exploration doit posséder une importante bibliothèque et que celle-ci doit recevoir un classement spécial adapté aux besoins spéciaux d'une institution de recherches.

Le parfait bibliothécaire s'efforcera non seulement de bien organiser cet outil mais encore d'aider les naturalistes à en tirer tout le parti possible et à réaliser une grande économie de temps et de labeur. Pour cela il se tiendra en contact ininterrompu avec eux, et ces rapports lui permettront en outre d'assurer, de concert avec la Direction, l'accroissement rationnel nécessaire au fond originairement acquis.

Les naturalistes du Musée devront trouver dans le personnel de la bibliothèque non pas de simples employés leur apportant le livre demandé, mais des collaborateurs-bibliographes, coopérant à leurs travaux, avec un grand dévouement et une grande abnégation.

Le Chef d'exploration devrait pouvoir demander au bibliothécaire d'aider les naturalistes en faisant dresser des listes bibliographiques, des séries complètes de fiches, sur des sujets donnés.

Bien plus, ceux ci devraient trouver dans le personnel bibliographique l'assistant capable de bien faire une recherche analytique, c'est-à-dire de fournir le résumé sommaire de ce qui est écrit sur un point donné dans une série complète des ouvrages qui en traitent, soit ex professo, soit accessoirement. Or ce travail exige non seulement la compréhension des termes de la langue, mais la connaissance des choses, qui, si élémentaire qu'elle soit, ne s'acuiert, en sciences naturelles que par le contact direct avec la Nature.

Il y a ici une grande difficulté : d'une part le Musée d'exploration ne réclame pas de ses bibliographes une science fort étendue en histoire naturelle, mais du soin, de la précision, du dévouement, et des connaissances scientifiques très élémentaires; mais d'autre part il exige que ces connaissances soient acquises par le contact de la Nature elle même, qui seul en ces matières forme le jugement et la critique. Il ne peut se contenter de l'érudition de gavage qui est celle de beaucoup de bibliothécaires même diplômés et considérés comme aptes au service des grandes bibliothèques publiques.

Nous nous gardons de dire que le bibliothécaire doit être choisi parmi les pionniers, les naturalistes s'adonnant à la recherche. Un bon naturaliste peut être un mauvais bibliographe et quant au pionnier spécialisé, il est à craindre qu'il ne soit un mauvais bibliothécaire, peu disposé à se livrer au travail d'inscription et de mise en fiches qui est la première besogne du métier et encore moins à consacrer un temps précieux aux recherches scientifiques des autres.

On voit que si le bon bibliothécaire est partout difficile à trouver, le choix de celui d'une institution de recherche est une affaire très sérieuse et trop importante pour que l'on puisse s'abstenir d'y procéder par voie de sélection, dans une série de candidats pris en stage sans aucune promesse de nomination. La question des aptitudes naturelles et du caractère présente ici une importance toute spéciale

Prévenons une objection que pourrait nous faire quelque critique étranger au monde des laboratoires et des explorations : nous ne disons pas que le naturaliste ne doit plus rien lire et qu'il peut se borner à consulter les fiches préparées par son bibliothécaire! Il devra toujours lire énormément; mais grâce à la collaboration intelligente, compétente et dévouée de ses bibliographes, il sera exempté de bien des recherches stériles et il pourra donner d'autant plus de temps non seulement à ses travaux mais encore à la lecture des ouvrages qu'il doit approfondir pour bien s'assimiler l'esprit des travailleurs qui l'on précédé et l'état des connaissances et des méthodes du temps passé. L'assistance du bibliographe-naturaliste le guidera dans le choix de ce qui mérite une lecture complète et attentive." (p. 150-151)

 

 

 

Gilson, G. Le Musée d'Histoire Naturelle Moderne : sa mission, son organisation, ses droits. Bruxelles : impr. Hayez, 1914, 256 p.

 

 

 



17/01/2013 1 Poster un commentaire

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